Vous voulez vendre en ligne, et deux noms reviennent toujours : Shopify, et WordPress avec son extension de commerce, WooCommerce. Les deux font très bien le travail, et nous développons sur les deux. Reste à savoir laquelle convient à votre boutique. Entre WordPress ou Shopify, le choix dépend moins des fonctions que de votre catalogue, de votre équipe et de la place que prend le contenu dans votre vente.
Louer une plateforme ou posséder son site
Shopify est un service hébergé. Vous payez un abonnement mensuel, et Shopify s’occupe du serveur, de la sécurité, des mises à jour et du paiement. C’est un appartement meublé : le propriétaire entretient le toit et la chaudière, mais vous ne cassez pas un mur sans sa permission, et il fixe le loyer.
WooCommerce est une extension gratuite de WordPress, installée sur le serveur de votre choix. Le site, son code et ses données vous appartiennent. Vous pouvez tout modifier, passage en caisse compris. En échange, l’entretien vous revient : mises à jour, sécurité, sauvegardes, hébergement. Vous le faites vous-même ou vous le confiez à quelqu’un.
Ni l’un ni l’autre n’est un mauvais choix. Ce sont deux façons différentes de payer : Shopify coûte peu au départ et chaque mois ensuite, WooCommerce demande plus de mise en place et coûte moins cher à faire évoluer.
Ce que coûte chaque plateforme, chaque mois
Shopify propose trois forfaits principaux, en dollars canadiens : Basic à 49 $ par mois (37 $ avec un paiement annuel), Grow à 132 $ (99 $) et Advanced à 517 $ (389 $). Shopify Plus, pour les grandes boutiques, commence à 3 400 $ par mois. Les cartes payées en ligne avec Shopify Payments coûtent de 2,8 % plus 30 cents sur Basic à 2,4 % plus 30 cents sur Advanced. Si vous préférez une autre passerelle de paiement, Shopify ajoute ses propres frais de transaction : 2 % sur Basic, 1 % sur Grow, 0,6 % sur Advanced.
Il faut ensuite compter les applications. Avis clients, abonnements, filtres avancés, programmes de fidélité : la plupart se paient au mois, et la facture monte vite quand on en empile cinq ou six.
WooCommerce, lui, ne coûte rien. Son prix est ailleurs : un hébergement solide (une boutique ne se loge pas chez l’hébergeur le moins cher, comme nous l’expliquons dans notre article sur l’hébergement), la maintenance, et quelques extensions payantes selon vos besoins. Côté paiement, Stripe facture 2,9 % plus 30 cents par carte canadienne, sans frais de plateforme en plus. Moneris ou Square sont aussi possibles.
Au départ, Shopify revient donc moins cher : tout est prêt. Avec les années, l’abonnement, les applications et les frais de transaction s’additionnent d’un côté, l’hébergement, la maintenance et les extensions de l’autre. Avant de choisir, simulez les deux sur trois ans avec vos ventes prévues : les frais de transaction suivent votre chiffre d’affaires, et le résultat change d’une boutique à l’autre.
Vendre au Québec : taxes, français et paiement
Les deux plateformes gèrent la TPS et la TVQ. Shopify peut calculer les taxes automatiquement; WooCommerce se configure dans ses réglages ou avec une extension. Dans les deux cas, c’est à vous de vous inscrire auprès des autorités fiscales et de produire vos déclarations : Shopify précise lui-même qu’il ne remet ni ne déclare vos taxes.
Le français, ensuite. La Charte de la langue française exige que les catalogues, bons de commande et autres documents du même genre offerts au public soient en français, « quel qu’en soit le support » (article 52). Pour l’Office québécois de la langue française, le site d’une entreprise établie au Québec qui y vend ses produits doit être en français. Vous pouvez offrir d’autres langues, à condition que la version française soit accessible dans des conditions au moins aussi favorables.
Pour une boutique bilingue, Shopify offre l’application gratuite Translate & Adapt, qui traduit automatiquement jusqu’à deux langues et accepte autant de traductions manuelles que vous voulez. Sous WooCommerce, il faut WPML, dont le forfait Multilingual CMS inclut la boutique, ou Polylang avec son extension payante pour WooCommerce. Nous comparons les deux dans notre article Polylang ou WPML. Dans tous les cas, une traduction automatique se relit : une fiche produit mal traduite fait fuir plus de clients qu’elle n’en convainc.
Au quotidien, pour votre équipe
Le choix se joue aussi dans l’administration, celle que votre équipe ouvrira chaque matin. Celle de Shopify est simple et très cohérente : commandes, produits, inventaire et clients au même endroit, avec une application mobile pour suivre les ventes. On la prend en main rapidement, même sans aucune connaissance technique.
Celle de WooCommerce vit dans WordPress. Elle offre plus de réglages, et chaque extension ajoute les siens : c’est plus puissant, et un peu plus dense. Sur un site bien construit, l’équipe y gère les produits et les commandes comme les pages et les articles, sans changer d’outil. C’est un vrai avantage quand les mêmes personnes s’occupent du contenu et de la boutique.
Dans les deux cas, demandez à voir l’administration d’une boutique réelle avant de choisir, et faites-y une commande test. Une heure suffit pour savoir laquelle votre équipe adoptera.
Le contenu et les adresses
Shopify est taillé pour le catalogue. Ses pages et son blogue restent simples, et ses adresses suivent un modèle imposé : /products/ pour les produits, /collections/ pour les catégories. Le passage en caisse ne se modifie vraiment qu’avec Shopify Plus.
WordPress est né pour le contenu. Guides d’achat, recettes, conseils, pages d’atterrissage, adresses choisies une à une : si une bonne part de vos ventes commence par une recherche Google et un article utile, WordPress vous laisse plus de latitude pour construire ce contenu autour de la boutique.
Vos données et la Loi 25
Sur Shopify, vos données de clients et de commandes sont hébergées par Shopify. Elles s’exportent, mais vous ne choisissez pas où elles sont stockées. Si elles sortent du Québec, la Loi 25 demande d’évaluer la protection qu’elles recevront avant de les y envoyer, comme nous l’expliquons dans notre article sur la Loi 25.
Avec WooCommerce, elles sont sur le serveur que vous choisissez, au Québec si c’est important pour vous. Les outils que vous branchez à la boutique (paiement, infolettre, expédition) restent à évaluer de la même façon.
Changer de plateforme plus tard
Le choix n’est pas définitif. Une boutique se migre dans les deux sens : produits, clients et commandes s’exportent puis s’importent, les pages se reconstruisent, et chaque ancienne adresse est redirigée vers la nouvelle pour ne pas perdre les visites qui viennent de Google. C’est un projet en soi, mais il se fait bien quand il est préparé.
Mieux vaut quand même choisir pour les trois prochaines années plutôt que pour les trois prochains mois.
WordPress ou Shopify : notre règle pour trancher
Voici comment nous tranchons avec nos clients :
- Shopify, si la vente en ligne est le cœur de votre activité, que votre équipe veut vendre sans s’occuper de technique et que votre catalogue entre dans le cadre de Shopify : produits, variantes, collections.
- WooCommerce, si votre site vit surtout de son contenu et que la boutique en est une partie, ou si votre site tourne déjà sous WordPress et fonctionne bien.
- WooCommerce aussi, si vos règles de vente sortent du cadre : prix par client, commandes sur soumission, réservations, passage en caisse adapté, sans payer Shopify Plus.
- Dans le doute, une simulation sur trois ans avec vos ventes prévues : abonnement, applications et frais de transaction d’un côté; hébergement, maintenance et extensions de l’autre.
Le comparatif de notre page Shopify résume ces critères, et notre page développement WordPress décrit comment nous construisons une boutique WooCommerce. Dans les deux cas, la bonne plateforme est celle que votre équipe utilisera sans effort dans trois ans.